Roser Cussó

Podemos est perçu de manière contrastée par l’opinion publique française: bien reçu par une partie de la gauche; considéré comme étant populiste par d’autres observateurs. Dans un certain accord, beaucoup jugent que Podemos (en coalition) pourrait défier le séparatisme catalan lors des élections du 27 septembre 2015, qui feront office de plébiscite sur l’indépendance. Voici notre analyse:

1- Podemos occupe l’espace électoral du Parti socialiste de Catalogne (PSC), filiale du PSOE. Aux élections locales du 24 mai 2015, le vote pour Podemos, dans la coalition qui l’abritait à Barcelone (Barcelone en commun, BeC, avec Initiative pour la Catalogne-Verts, ICV) est inversement proportionnel au vote pour le PSC –voir le graphique 1.

Graphique 1 – Le plus le PSC maintient ses voix par rapport à 2011 (axe horizontal vers la droite), le moins BeC en gagne (axe vertical) –les points représentent les quartiers de Barcelone[1].

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Il est également à noter que l’ensemble ICV-PSC a perdu un conseiller à Barcelone: ils étaient 16 en 2011, 15 en 2015, avec Podemos –voir le graphique 2. Nous additionnons les résultats de ces partis car le PSC a gouverné la ville avec ICV pendant 32 ans. Mais vue la chute du PSC, on peut se poser la question de l’émergence d’une « gauche alternative »…

Graphique 2 –L’évolution du nombre de conseillers de Barcelone par formation politique[2]

Graph1

2- Podemos, pas très alternatif. Son secrétaire général, Pablo Iglesias, a déclaré le 25 juin 2015: «Qu’ils gardent le drapeau rouge (…). Je veux gagner»[3]. En fait, les 74 pages du programme de Podemos ne contiennent pas de propositions visant des transformations socioéconomiques notables[4]. Destiné aux élections catalanes de septembre, ce programme correspond à un socialisme modéré, entre libéralisme (nullement mis en question) et un certain «étatisme» par le biais de l’augmentation des impôts, de la dépense et de l’investissement public.

Les premières pratiques politiques observées ne vont pas non plus dans le sens d’une «alternative». A peine investie maire de Barcelone, Ada Colau a pris comme conseiller personnel son mari, avec le budget de la coalition. La femme d’un autre élu d’ICV-Podemos, Gerardo Pisarello, a pris un poste directement rémunéré par la mairie[5].

3- Podemos prône le statu quo territorial: pas une seule mention du «fédéralisme». ICV, toujours associée à Podemos pour les élections de septembre avec la coalition Catalogne en commun, se présente comme étant fédéraliste: 62% de son électorat se déclare fédéraliste, 21% indépendantiste[6]. Pourtant, le programme de Podemos est entièrementbasé sur le système de communautés autonomes déjà existant[7]. Certains argumentent que le fédéralisme se discuterait dans un processus constituant qui s’enclencherait après les élections espagnoles, en supposant que Podemos obtienne la majorité…

Mais on peut noter deux limites à une telle approche. D’une part, il n’existe pas de base sociale pour un telle réforme: 68% des espagnols y est hostile –21% veulent un seul gouvernement central, 12% des communautés autonomes avec moins de compétences, 35% la situation actuelle[8]. D’autre part, Podemos est unioniste (voir le point suivant). C’est peut-être pourquoi aucune définition de fédéralisme n’est donnée par ICV, qui entretient l’ambigüité.

4- Podemos, parti populiste et nationaliste espagnol? Il utilise un langage agressif (caste, mafia…)[9]; il propose un programme modéré, territorialement conservateur, accompagné de quelques promesses peu crédibles ; il est soutenu par des média unionistes de forte audience, malgré les protestations du Parti Populaire auprès de l’influent José Manuel Lara[10]; il a des responsables ouvertement nationalistes –voir la photo ci-dessous.

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A droite avec une casquette, Enric Martinez, actuellement responsable de Podemos en Catalogne[11], dans une concentration à Barcelone le 12 octobre de 2013, Fête nationale espagnole, où l’unionisme parlementaire côtoie l’extrême droite. ©Jordi Borràs[12]

Enfin, si le mouvement social indépendantiste est ancien et enraciné, Podemos peut toutefois y ouvrir une brèche jouant sur le vieux débat opposant le social (Podemos) au national (catalan), malgré son nationalisme espagnol et la dimension sociale de l’indépendantisme. Ceci expliquerait-il les attaques d’Iglesias aux CUP, l’extrême gauche indépendantiste ? Le programme des CUP est bien plus alternatif, ancré dans le territoire, tentant le pacte avec des secteurs sociaux variés et, de ce fait, plus faisable…

Lectura completa:  catalanindependance.blog.lemonde.fr/2015/07/02/le-parti-espagnol-podemos-du-deja-vu

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